Gouvernance et compétitivité

Les cadres en première ligne pour changer l’entreprise

18 fév 2013

De la domination de la valeur actionnariale au débat sur l'organisation de l'activité.


A travers les cadres se lit comment ont évolué nos conditions de travail et de production… Nous regardons avec nostalgie le capitalisme managérial : finance maîtrisée, espace de coopérations, gestion de long terme… Comment changerons-nous l’entreprise ? Pour Yves Chassard, les choses commencent à bouger, au point qu’on commence à se demander si nous ne sommes pas à la fin de cette période des ‘’Trente Financières’’, qui avait succédé aux ‘’Trente Glorieuses’’.

Depuis trente ans, nous vivons sous l’emprise de la shareholder value (valeur actionnariale), qui veut que seule la maximisation du profit des actionnaires doit guider la politique de l’entreprise et, ce faisant, concourt à l’intérêt général. Il devient évident désormais que l’intérêt de l’entreprise (et, derrière celui-ci, l’intérêt de la société toute entière) ne se résume pas à celui de ses actionnaires. ‘’Un exemple évident, parmi d’autres : si les entreprises industrielles allemandes ont su s’adapter avec le succès que l’on connaît à la mondialisation et à la montée des pays émergents, c’est aussi parce que les salariés ont, par l’intermédiaire de leurs représentants aux conseils d’administration, eu leur mot à dire sur leur stratégie’’.

'’Autre exemple d’évolution significative’’, rappelle Yves Chassard, ‘’les dirigeants d’entreprise ont longtemps considéré que l’organisation du travail était une prérogative exclusivement patronale, qu’elle ne regardait en rien les salariés, ni leurs représentants. Comme l’écrit François Chérèque dans la postface de notre ouvrage A quoi servent les cadres ?, les choses sont en train de bouger. Grâce aux organisations syndicales, les dirigeants et leurs représentants commencent à admettre que la qualité de vie au travail n’est pas simplement affaire de lutte contre les risques psychosociaux et de gestion des conséquences négatives du travail. Elle dépend aussi et surtout de la capacité à questionner et repenser les organisations de travail, le management, le mode d’évaluation des salariés, bref à donner sens au travail. Et, sur tout cela, les cadres sont en première ligne’’.

 

La valeur actionnariale Modèle qui fait de la valeur actionnariale l'indicateur principal de performance de l’entreprise. Les actionnaires choisissent les dirigeants et leur délèguent le pouvoir de gérer l'entreprise pour maximiser la valeur des actions. L'objectif de création de valeur actionnariale n'amène aucune concession aux rapports avec les salariés, les sous traitants ou les consommateurs. Il s’oppose à la gouvernance qui prend en compte les stakeholders interests, ce qui correspond à une économie de marché où la focalisation n'est pas sur le seul marché financier. Rappelons la part de la valeur ajoutée distribuée aux actionnaires (dividendes) a connu une hausse spectaculaire dans la dernière décennie pour atteindre 9%. Un taux qui n’a pas diminué avec la crise financière : après un reflux limité en 2010, il est reparti à la hausse depuis.

 

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