Vie syndicale

Revue Cadres n°478 : Dynamiques du travail public

Dans un contexte de transformations souvent imposées, notamment aux fonctionnaires, la revue Cadres rappelle les points de vigilance de la CFDT Cadres vis-à-vis de ces derniers.


"LE CHOIX DE SERVIR"
Éditorial revue Cadres n°478

par Catherine Blanc, Secrétaire générale adjointe de la CFDT Cadres


"Pendant près d’un an le Bureau national de la CFDT Cadres a réuni régulièrement plusieurs de ses membres des différents secteurs de la fonction publique et originaires de plusieurs régions. L’objectif était d’identifier, en amont des prochaines élections professionnelles de décembre 2018, les sujets de préoccupation les plus prégnants des cadres des trois versants, pour en tirer des revendications spécifiques, échanger sur les solutions et les expérimentations éventuellement mises en œuvre, et mettre à jour les questions devant être creusées avec l’aide d’experts ou avec des formations-actions. Ce numéro concerne cependant chacun de vous, que vous soyez salarié cadre ou fonctionnaire : vous avez en commun un besoin d’appuis et de reconnaissance de vos responsabilités, dans un contexte de transformations souvent imposées d’en haut.

Notre vision des cadres des fonctions publiques ne se cantonne pas à une litanie sur les risques psychosociaux (RPS). Burn out, bore out, brown out sont effectivement des pathologies qui pénètrent les administrations. Il y a un an, la Fédération des intervenants en RPS considérait d’ailleurs que « la situation est plus inquiétante dans le secteur public que dans le privé » et déplorait le déni de certains employeurs sur la question. Et c’est vrai que, trop souvent, les procédures prennent le pas sur la mission, les réorganisations successives font perdre le sens du travail, les coupes budgétaires et les réductions d’effectifs ne permettent plus d’assurer correctement le service public… Pour autant, les cadres publics s’efforcent de tenir le choc. Et des dynamiques sont à l’œuvre.

Ainsi, un cadre d’une grande collectivité territoriale m’expliquait récemment que si l’on voulait bloquer son administration, ce n’est pas la grève qu’il conviendrait de faire mais qu’au contraire il suffirait d’appliquer à la lettre toutes les procédures et règlements, « sous couvert », et que la machine se bloquerait rapidement. Pour faire avancer les projets, il faut contourner les règles, se passer de la validation formelle de la hiérarchie, donc prendre des risques… Tel ce chargé de mission qui, bien que la chose ait été expressément interdite, travaillait ses dossiers avec son homologue en amont de la fusion de leurs deux administrations.

Il est temps de reconnaître le sens du travail public pour celles et ceux qui ont fait le choix de servir."

C’est pour cela que dans les demandes récurrentes exprimées par nos adhérents cadres publics, celle concernant les marges de manœuvre est la plus souvent exprimée. C’est ce que met en évidence d’ailleurs le deuxième baromètre CFDT Cadres « satisfaction des managers ». Les encadrants publics y constatent pour 56 % d’entre eux une réduction de leur autonomie. Et pourtant, malgré les dégradations de leurs conditions de travail, ils se déclarent globalement aussi satisfaits d’être managers que dans le privé, tout en étant plus critiques. Une majorité d’entre eux déclarant ne pas être d’accord avec la stratégie qu’ils sont amenés à mettre en œuvre.

C’est dans ce contexte que le Comité action publique 2022 a élaboré un rapport pour le gouvernement, intitulé « Service public, se réinventer pour mieux servir ». Même s’il a été largement commenté, notamment sur son coté « disruptif » (externalisations accrues, assouplissement du statut, nouveaux transferts de compétences, suppression de doublons), il n’a toujours pas fait l’objet d’une communication officielle.

En tout cas son titre nous rappelle qu’il convient de dire des agents publics non pas qu’ils « travaillent pour » mais qu’ils « servent » l’intérêt général, un établissement public, une collectivité territoriale ou l’Etat. Service ou servitude ? La frontière peut parfois être ténue, surtout si l’on n’a pas la garantie d’un emploi stable. C’est pour cela, notamment, que la tentative d’un recours accru aux contractuels pour occuper des postes dans la haute fonction publique nous semble risquée si elle n’est pas fortement encadrée. Le statut est protecteur vis-à-vis de tout détenteur de la puissance publique, pour les agents certes, mais aussi pour les usagers ! C’est pourquoi il est temps de reconnaître le sens du travail public pour celles et ceux qui ont fait le choix de servir, et pour cela d’épauler les managers, les experts, les ingénieurs de toute la fonction publique."

 

+ d'infos :

Revue n°478 : Dynamiques du travail public

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