Responsabilité et expression

Crises

11 avr 2010

La crise n’est pas seulement conjoncturelle. C’est une crise à part, qui interroge sur la nature du marché. Dans les entreprises, elle touche à l’organisation du travail. Elle interroge sur la répartition des pouvoirs et elle révèle un besoin de démocratie.

 

Les excès de la financiarisation de l’économie ont éclaté au grand jour et la parole s’est libérée. De plus en plus de cadres ne supportent plus le règne du management par indicateurs, angoissant et même contreproductif. Marc Amiaud (Hewlett-Packard), Yves Montagnon (France-Telecom Orange) et Jérôme Chemin (Accenture) nous l’expliquent. La crise révèle un besoin de démocratie dans l’entreprise. Les cadres ne veulent plus être trompés sur les perspectives d’avenir de leur entreprise, aussi douloureuses soientelles (entretien avec Denis Martin, directeur des ressources humaines de PSA Peugeot Citroën). Ils pâtissent d’un déficit chronique de reconnaissance et de valorisation de leurs compétences et veulent reconquérir un pouvoir dans l’organisation du travail.
 
Des pistes de sortie de crise s’esquissent. Pour Marc Fleurbaey, aussi sûrement que la démocratie Editorial Entre tourmente et espoir a gagné des pans entiers de la vie publique et privée, elle entrera dans les entreprises. Cette transition est inéluctable. Les cadres, d’abord bousculés par les transformations, auront tout à y gagner et leur position sera renforcée parce qu’ils profiteront d’une moins grande dissonance entre les injonctions de la hiérarchie et les aspirations de la base. La crise actuelle, moment de doute, pourra peut-être contribuer à l’accélération de cette transition.
 
Ce qui semble changer aussi, c’est l’émergence de valeurs mises en sommeil ces dernières décennies. Dans un monde habitué depuis les années 80 aux impératifs du Marché total (Alain Supiot), la solidarité et la coopération reprennent de la vigueur. Dans ce nouveau collectif, l’individu demande à être considéré comme un acteur pleinement responsable. Anne Pezet pointe cet impensé majeur dans son article sur les méfaits du reporting. La comptabilité et le reporting sont destinés à rendre des comptes, mais on ne sait jamais clairement à qui. Devant qui les dirigeants d’entreprise sont-ils responsables ?
 
Tous les délégués syndicaux que nous avons rencontrés disent que leur audience s’est développée auprès des cadres. Si les syndicats parviennent à construire une image plus moderne, condition fondamentale pour gagner de l’audience comme nous le montre Sophie Pochic, la période qui s’annonce peut être favorable au syndicalisme.

 

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