LES CADRES

 

En tant que catégorie sociale, les cadres sont nés entre les deux guerres avec la rationalisation taylorienne de l’organisation du travail. Leur distinction du reste du salariat s’est cristallisée au travers d’institutions spécifiques (grilles Parodi, Agirc, Apec, sections encadrement des conseils prud’homaux). Les cadres ont été des étaient les courroies de transmission entre le patron et les autres salariés, entre le bureau des méthodes et la chaine de production. Leur fidélité à leur entreprise était récompensée par des compensations annexes au salaire et par la promesse d’une carrière ascendante. Aujourd’hui le diplôme n’est plus la clé d’accès au statut, même si être cadre sans être diplômé de l’enseignement supérieur devient de plus en plus difficile. Si les cadres de la fonction publique occupent quasiment tous une position de cadre au moment de leur recrutement, la situation est très différente dans le privé : seuls un tiers des cadres en fonction ont été embauchés comme cadre (au sens de la convention collective).

Le cadre des Trente Glorieuses disparait au cours des années 1970. La montée du chômage rompt le pacte implicite à l’entreprise. Ce que la doctrine de la corporate governance et de maximisation des profits actionnariaux dans les années 1980 renforce considérablement. La conception de l’entreprise comme espace d’action collective organisé et animé par une autorité de gestion légitime et compétente s’est ainsi estompée. Les cadres sont enfin menacés depuis les années 1990 lorsque se sont répandues de nouvelles doctrines managériales, portées par la diffusion des technologies numériques d’information et de communication : organisation par projets et en réseaux, raccourcissement des lignes hiérarchiques, management par les process, les outils de gestion informatique et le reporting, euphémisation du pouvoir liée au discrédit des organisations pyramidales, intériorisation des contraintes par le coaching, l’appel au développement personnel, les chartes des valeurs, etc. Enfin la moitié des cadres n’est pas responsable hiérarchique, et lorsqu’ils le sont ils refusent d’être une simple courroie de transmission.

 

Les conditions de travail des cadres

L'enquête Sumer regroupe les salariés par métiers en fonction des conditions de travail. Ceux des ''professions intellectuelles supérieures'' se caractérisent par une charge de travail importante et un travail intense. Les professionnels sont nombreux à devoir atteindre des objectifs chiffrés précis, notamment dans les métiers du commerce, de la banque et des assurances. Dans beaucoup de ces métiers, les salariés considèrent très souvent qu’une erreur pourrait entraîner des coûts financiers importants. Ils ont en outre plus de marges de manoeuvre que les autres salariés : il s’agit ainsi de professions dites actives au sens de la grille de Karasek. Ces métiers sont par ailleurs peu physiques et peu exposés à des produits chimiques ou biologiques. Ils impliquent néanmoins souvent d’être sur écran plus de 20 heures par semaine. Ces professionnels considèrent un peu plus souvent que l’ensemble des salariés que leur salaire est suffisant vu tous leurs efforts. En outre, ils sont un peu plus nombreux que la moyenne à estimer qu’ils reçoivent le respect qu’ils méritent de leurs collègues, que ceux-ci sont amicaux et qu’ils apprécient leur travail à sa juste valeur.

Intensité du travail et pression temporelle : plus de 50% des cadres déclarent ''devoir toujours ou souvent se dépêcher'' et 75% des cadres déclarent "devoir fréquemment abandonner une tache pour une autre plus urgente" (source : Dares Analyses n°049).

 

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